Archives de la catégorie ‘Philologie’

Le système D planétaire

Publié le 29 mai 2010 — par nitroglobus A
Catégories Philologie
Ecole religieuse de fille - année 1885

Sortie du cours de morale

Il y a soixante ans, ma mère notait dans son cahier d’écolière : « Seuls les égoïstes recourent au système D ». Surprenante leçon qui orientait les bambins vers les solutions communautaires plutôt que celles qui se limitent à l’individu. Mais la débrouille, c’est pourtant primordial en ces temps de disette et de chômage… La morale aurait donc tourné ?

On le savait depuis la chute du Mur, mais la morale aurait aussi accompli une sorte de révolution silencieuse : aujourd’hui, qui se soucie vraiment de sa communauté ? J’entends bien, de sa famille, de ses amis, de ses relations professionnelles, de son quartier, de son village, de son département, de sa région, de son pays, de l’Europe, du monde et de la planète… Ah oui la Planète !

Conscience globale de proximité

Conscience globale de proximité

Nous sommes nombreux à trier nos poubelles et fermer le robinet avant de se brosser les dents ; nous sommes nombreux à attendre la voiture électrique, la maison sans chauffage, l’énergie éolienne et solaire et nous espérons tous sauver les ours blanc qui se cramponnent aux icebergs fondant comme le glaçon du soda siroté à la terrasse d’un café. Cette conscience élargie est tellement belle que nous avons l’impression de soutenir le Monde à nous seuls, de sauver les ours blancs de la noyade et de permettre aux enfants d’Afrique de se laver eux aussi les dents… La voilà notre solution collective, notre solidarité universelle, notre conscience écologique. Hourra, le monde a besoin de nous !

En plus, pas de problème si, à un moment ou un autre, nous oublions un bout de pizza dans le carton ou balançons la bouteille de Bordeaux de la veille avec les restes du dîner, il y a des employés qui rattraperont le coup. Et puis c’est encore mieux, car ça donne du travail aux chômeurs.

Oui, décidément cette solution collective a de multiples avantages, à commencer par la bonne conscience qu’elle offre sur un plateau. À la limite, on se demande pourquoi il faudrait s’occuper du reste : on est tellement bien à regarder l’île de la tentation sur le plasma du salon, même s’il faut retarder nos vacances aux Seychelles pour je ne sais quelle raison inexcusable, pirates des mers ou volcan islandais. Même s’il faut faire un léger effort pour réaliser enfin cet investissement locatif qui, grâce à la loi Scellier, nous permettra de ne pas payer d’impôts pendant neuf ans, nous croyons au progrès qui s’annonce toujours plus écologique, plus tentateur, plus riche, bref, plus jouissif !

Oui, nous avons inventé l’écologie jouissive et solidaire, mais surtout jouissive, car c’est là une préoccupation essentielle. Sans elle, la vie n’aurait pas de sens… Certes, il faut consentir également à payer plus cher l’essence, le chocolat solidaire, les légumes biologiques ou les dosettes de café, mais les Chinois travaillent dur pour faire baisser les prix. Grâce à eux, nous venons d’offrir le dernier cri de la technologie à belle maman, après l’avoir essayé nous même. Oui, les « i » se multiplient dans les noms de nos objets indispensables. Ce n’est pas grave. C’est comme le bout de pizza oublié : du virtuel, du rêve, de la connexion avec le monde entier, pour nous faire connaître et faire valoir nos qualités écologiques d’adepte du développement responsable (un peu), durable (surtout).

la tablette indispensable

Bien plus qu'une tablette

Qu’importe si en Chine, des ouvriers se suicident lorsqu’ils sont dépassés par les cadences, l’essentiel est que nous puissions continuer de consommer pas cher – tout en sachant que nous serons de moins en moins nombreux à pouvoir le faire…

Oui, nous sommes très économes, surtout lorsqu’il s’agit de nos sorties : pas besoin de cinéma, de théâtre, de concert ou de spectacle puisque nos soirées sont occupées par l’écran plasma et nos nombreux films téléchargés. La culture, pour nous, c’est plus grand, plus bleu, plus fort et plus proche de la Nature avec un grand N. La liberté est dans le rêve écologique et pour elle, nous sommes prêts à nous battre, mais plutôt par l’entremise de nos Avatars, tellement plus bleus, plus forts… Décidément, la meilleure écologie est virtuelle. Bien sûr, il suffit de donner à tous les enfants des Wii, des ordinateurs, des films piratés et des écrans à cristaux liquides – moins chers que le plasma. Les pauvres trouvent ainsi des petits plaisirs chez eux, dans leurs cités. Ils n’ont plus besoin de se déplacer, de partir en vacances, de s’offrir une maison de campagne puisqu’ils peuvent manger des pizzas, télécharger, jouer à la guerre, jouir à l’infini sans quitter leur divan. D’ailleurs ils en profitent et en abusent puisque leur poids ne cesse d’augmenter et que bientôt, ils ne pourront plus jouer au foot entre les tours des cités, lancer des cailloux sur les policiers ou passer des moments exaltants dans les caves à faire tourner la caïra des cités voisines. Voilà une belle solution collective pour occuper les pauvres.

Le look des Bobos

Bobo dans la tête

Nos plages sont libérées, nos stations de ski toutes entières offertes à notre glisse magistrale, nos routes désengorgées et le climat soulagé de quelques émissions nauséabondes. Bref, ce nouvel ordre mondial ne présente que des avantages et, qui plus est, des avantages COLLECTIFS !

Gérard Manvussa.

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Qu’est-ce que la philologie ?

Publié le 16 mar 2010 — par nitroglobus A
Catégories Interventions, Philologie

Voici les définitions livrées par le blog de Abdeslam Slimani :

Article Larousse
Philologie :
nom féminin, (latin philologia, du grec)

  • Ancienne science historique qui a pour objet la connaissance des civilisations passées grâce aux documents écrits qu’elles nous ont laissés.
  • Étude d’une langue, fondée sur l’analyse critique de textes écrits dans cette langue.
  • Établissement ou étude critique de textes, par la comparaison systématique des manuscrits ou des éditions, par l’histoire.

« Une science des documents écrits
La philologie se définit comme la science des documents écrits, du point de vue de leur étude critique, de leurs rapports avec la civilisation, de l’histoire des mots et de leur origine. Elle est ainsi, en elle-même, une discipline complète. Outre son apport documentaire, elle caractérise indirectement une méthode de critique littéraire ; l’écrit doit être entendu de manière littérale – le mot inscrit sur la page –, et assurer, par une analyse lexicologique, sémantique, stylistique, le tracé de médiations qui permettront de dessiner une totalité : celle de l’œuvre, celle des œuvres, celle de la culture qui comprend ces œuvres.

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L’idée constante est que la singularité du texte écrit témoigne, par cet écart, de son insertion dans une histoire et dans un ensemble, qui ont une fonction régulatrice, mais qui sont encore aptes à recueillir cet écart et à être réformés par lui, suivant la suggestion de Leo Spitzer : « La déviation stylistique de l’individu par rapport à la norme doit représenter un pas historique franchi par l’écrivain ; elle doit révéler une mutation dans l’âme d’une époque. »
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La philologie antique

Les véritables créateurs de la philologie sont les grammairiens groupés autour des bibliothèques rassemblées par les souverains hellénistiques, à Pergame et surtout à Alexandrie : Aristophane de Byzance, Aristarque, Zénodote. Héritiers des sophistes, qui discutaient dans leurs écoles de l’interprétation des poètes et surtout d’Homère, ils se sont attachés à retrouver, dans la masse des variantes et des gloses, le texte authentique des grands écrivains du passé. L’érudition philologique s’efforce en même temps de trouver la clé de l’œuvre dans son référent : elle reconstitue des réalités disparues (d’Homère à Virgile ou Properce) « de crainte que le poème ne meure avec son référent » (M. Riffaterre, la Production du texte). Dès le IIe s. avant J.-C., les Grecs introduisent cette science (et ses méthodes) à Rome : au Ier s. avant J.-C., Varron fournit, dans son De lingua latina, un monument philologique qui restera un modèle jusqu’à la fin de l’Antiquité.

La renaissance littéraire du IVe s. après J.-C. s’est accompagnée d’une étude fervente des Anciens que l’on édita avec des commentaires : par exemple celui de Servius sur Virgile ou celui de Macrobe sur le Songe de Scipion. Avec le christianisme, qui ramène tout écrit à l’Écriture, la philologie antique tombe, en Occident, dans l’oubli, mais elle survit à Byzance : ainsi les sommes lexicographiques de Photios (VIIIe s.) et de Suidas (Xe s.), le commentaire des poèmes homériques par Eustathe de Thessalonique (XIIe s.) ou l’édition complète des œuvres de Plutarque par Maxime Planude (1260-1330).

L’étude philologique moderne

La Renaissance remet à l’honneur l’étude des Anciens et retrouve à cette fin les méthodes de la philologie antique, grâce en particulier à l’arrivée des savants byzantins chassés par la chute de Constantinople. D’autre part, l’impression et l’édition des textes conduisent tout naturellement à un travail de critique interne de ceux-ci, favorisé aussi par l’émergence du nouvel esprit scientifique : dès 1528, H. Estienne tient compte de la valeur respective des manuscrits qu’il imprime. À la fin du XVIe siècle, Scaliger et Casaubon développent la méthode philologique et ajoutent à leurs éditions des listes de variantes (apparat critique). Cette critique formelle des textes connaît aux XVIIe et XVIIIe s. un développement brillant aux Pays-Bas (Vosius, Heinsius, Grotius) et en Angleterre avec Richard Bentley (1662-1742). Le XIXe s. est dominé par la philologie allemande, représentée par C. Heyne (1729-1812), qui conçoit l’idée d’une « science de l’Antiquité » (Altertumswissenschaft), par F. A. Wolf (1759-1824) et ses disciples A. Boeckh (1785-1867) et K. Lachmann (1793-1851), qui affinent les techniques de la classification des manuscrits et de l’établissement des textes (méthode dite des « fautes communes »).

À la fin du XIXe s., le sens du mot philologie recouvre une certaine ambiguïté : si pour les uns c’est l’étude des documents écrits et de leur transmission, pour d’autres c’est « la science universelle de la littérature », ou bien « l’étude générale des langues ». En fait, la philologie, qui s’était constituée à l’époque de la Renaissance comme la première des sciences humaines, a fini par éclater, au fur et à mesure de l’émergence et de l’élaboration de celles-ci (histoire, linguistique, critique littéraire, stylistique). Son objet s’est à la fois restreint et précisé : aujourd’hui, l’étude philologique se réduit à l’établissement du texte, c’est-à-dire sa datation, son déchiffrement, sa critique interne (établissement des variantes et de la meilleure lecture), éventuellement son commentaire (références facilitant la lecture et appareil critique garantissant son authenticité). Toutes ces données peuvent être ensuite exploitées par l’historien, le critique littéraire ou le linguiste.

Philologie française sur le site de l’université de Lausane (Suisse).

Blog consacré à la critique littéraire. »


Au sens universitaire et historique, la philologie ne concerne bien évidemment que les textes et l’écriture. Qu’en serait-il d’une telle démarche élargie aux images et aux sons contemporains ?

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