Archives de la catégorie ‘Interventions’

Les journalistes scientifiques

Publié le 26 mai 2010 — par nitroglobus A
Catégories Métier, Sciences

Gaëlle Surson de la RTBF mène une enquête sur la profession de journaliste scientifique.

1. Quels sont les avantages et/ou les inconvénients d’avoir une réelle formation scientifique pour travailler, actuellement, dans le domaine du journalisme scientifique ?

Les avantages :

-        Une compréhension plus rapide des propos des spécialistes, surtout si le domaine de la formation initiale recoupe celui du sujet.

-        Une base de connaissance qui peut initier des comparaisons (si la formation et le sujet n’ont qu’un rapport éloigné).

-        Une possible ouverture vers des postes de journaliste (très) spécialisés (dans des revues primaires, destinées à d’autres scientifiques spécialistes notamment).

Les inconvénients :

-        Une fermeture pour des postes de journaliste généraliste ou pour certains types de vulgarisation : la spécialisation peut faire peur à certains confrères qui craignent leur mise en concurrence.

-        Une base de connaissance trop importante qui tendrait à faire baisser l’enthousiasme nécessaire pour aborder certains sujets : on en sait déjà assez, ou on a cessé de s’y intéresser après son diplôme, ou encore (le pire), on se dispense de poser certaines questions croyant connaître la réponse sur la base de trop vagues réminiscences.

-        Une compréhension trop rapide des propos du spécialiste qui font croire à ce dernier qu’il est inutile de s’attarder sur des détails, alors que certains détails sont importants.

Bref, si l’on a la chance d’avoir une formation initiale, il faut travailler à l’oublier au plus vite, ou changer totalement de sujet. Ce qui fait l’intérêt d’un article de vulgarisation est son angle particulier. Si elle ouvre généralement une perspective dans une direction donnée, une formation initiale poussée occulte une partie des points de vue. Tout au plus pourrait-on lui reconnaître un intérêt au niveau de la vulgarisation, éventuellement nécessaire, mais le « comment ça marche » est généralement un angle très rébarbatif.

2. Est-ce aujourd’hui encore nécessaire pour accéder à la profession ?

Pour vulgariser des sciences difficiles, les meilleures formations ont deux origines :

-        la philosophie, qui permet d’élaborer des discours en prenant conscience de la valeur des mots (tous les journaliste radio traitant de science à la station France Culture sont des philosophes de formation, aimant la science). Etienne Klein, docteur physicien et chercheur au Commissariat à l’énergie atomique français (CEA), a passé un doctorat et une habilitation à diriger les recherches en philosophie. Il est spécialiste du temps et des problèmes épistémologiques que ce dernier soulève parfois en physique. Il est l’invité de toutes les émissions radio ou TV à propos du CERN et est l’auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation, à des niveaux allant du doctorat de mathématique à celui d’un enfant de 8 ans. Il a imposé l’idée que la seule façon de parler des sciences fondamentales passait par la philosophie au point que le CEA lui a créé un département spécifique.

-        l’histoire, qui se raconte avec des faits humains et qui permet de faire partager les points de vues des hommes et des femmes, notamment s’il s’agit de femmes et d’hommes de science. Elle permet notamment de faire passer le « comment ça marche » en partant de la genèse des découvertes.

Ce qui compte pour un journaliste, ce n’est pas la quantité d’information qu’il a accumulé, soit au cours de sa formation, soit au cours de sa carrière, mais c’est son carnet d’adresse. Donc si les personnes qu’il a côtoyées durant sa formation sont crédibles en tant que « personnes – ressources », utilisables pour la rédaction d’articles, un rédacteur en chef sera enclin à accorder sa confiance.

3. Quelles formations ont les « jeunes » journalistes qui arrivent dans le milieu ? Est-ce qu’ils sont performants sur le terrain ?

S’agissant de la France, une partie des journalistes scientifiques provient des 4 ou 5 écoles de journalisme qui dispensent des formations spécialisées (Lille, Bordeaux, Strasbourg, Paris). Les étudiants y font généralement le tour des différentes techniques d’expression, ce qui leur permet de rebondir plus facilement d’un média à l’autre et de poste en poste. Ces formations leur permettent aussi d’oublier leur formation initiale en science. Au final, à mon sens, peu nombreux sont ceux qui restent dans ces domaines très étroits du métier tout au long de leur carrière. Il y a, en effet, beaucoup plus de débouchés en dehors de la sphère scientifique. Cependant, cette formation scientifique redevient un atout en ce qu’elle apporte une capacité d’analyse et, sans doute, une expérience de la démonstration par l’écrit…

Une autre partie provient des scientifiques qui ont renoncé à la course que les systèmes de recherche leur ont prescrit, soucieux qu’ils sont d’améliorer leur rang et leur visibilité sur la scène scientifique internationale. En procédant à l’élimination de leurs « maillons faibles », ces systèmes privilégient la productivité au dépends de la créativité, une valeur qu’ils placent pourtant en première place. La contradiction n’est qu’apparente car il convient avant tout de préserver la hiérarchie. Il est certain que ces scientifiques défroqués – souvent borgnes – se retrouvent avec des avantages puisqu’ils entrent ainsi au pays des journalistes vulgarisateurs, souvent aveugles… Ils ont, de fait, l’aplomb des spécialistes et leur activité précédente leur confère une autorité naturelle. Les expériences de vulgarisation qui les laissent prendre le pouvoir ne portent pas leurs fruit les meilleurs car ils laissent parfois de nombreux lecteurs sur le bord de leur chemin.

Si ces deux populations finissent par se rejoindre, c’est dans la déception : les salaires ne cessent d’être tirés vers le bas par l’afflux des nouveaux venus, censés faire leurs preuves à bas coût. S’ils sont ainsi facilement embauchés en début de carrière, ils deviennent vite indésirables à mesure que leur savoir augmente et que ce dernier leur permet de s’opposer potentiellement à la hiérarchie en place. D’indésirables, ils finissent par devenir inemployables.

4. Vers où va le journalisme scientifique ? Est-ce une profession qui a encore de l’avenir ? Si oui/non pourquoi ?

De moins en moins de lecteurs consacrent une part de leur budget à l’achat de support de vulgarisation scientifique. Les revues françaises ont toutes réduit leur voilure, voire périclité avec l’arrivée et la démocratisation du Web. Soit ils trouvaient l’information utile directement sur des sites spécialisés, soit les exemplaires achetés s’accumulaient sans avoir pu être lus faute de temps. Le modèle économique de la presse payante a été particulièrement mis à mal dans la presse scientifique. Plusieurs grandes revues de vulgarisation ont perdu un trop grand nombre de lecteurs, ou abandonné une partie de leurs contenus difficiles d’accès.

En parallèle, un autre phénomène sociétal était à l’œuvre dans la France des années 2000 : la disparition de « l’homo criticus » au profit de « l’homo festivus ». Cette mutation a sans doute eu raison de nombreuses vocations naissantes. Le chômage des élites s’est avéré infiniment plus fort pour repousser les publics étudiants que l’attrait du savoir qui prévalait, par exemple, au lendemain de la première guerre mondiale.

Alors que dans les années 1980, les écoliers français étaient poussés vers les sciences par un système scolaire récompensant la réussite dans les matières scientifiques, nombreux sont ceux qui se sont retrouvés éjectés des carrières qu’ils visaient. Les crises multiples et la concurrence internationale se sont chargées d’écrémer sans ménagement la population des bons élèves qui n’avaient pas trouvé de poste. Le mécanisme est assez évident, mais semble avoir été passé sous silence par nos dirigeants tant les systèmes scolaires des états développés sont élitistes par essence.

Dans un contexte européen de retrait de la puissance publique, notamment du financement de la recherche, le nombre des postes ouverts aux étudiants nationaux a diminué. Les investisseurs privés mettant l’accent sur l’excellence, la concurrence s’est ouverte à l’international. Résultat : la formule des années 1975 « des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche », s’est transformée en un simple permis d’éliminer, s’illustrant avec des politiques successives de « dégraissage de mammouth ».

Un mamouth-peluche
Le mamouth est un animal préhistorique qui n’a pas su évoluer

Aujourd’hui, de nombreuses caissières de supermarché possèdent un mastère de chimie ou parfois un doctorat de physique nucléaire, des contrôleurs de train sont d’anciens biologistes et des Docteurs es sciences restent généralement stagiaires ou même parfois bénévoles jusqu’à des âges avancés. Le gâchis est généralisé et total, car les intéressés se désintéressent des sciences qui ne les ont menés nulle part. Ils cessent de pousser leurs enfants et c’est sans doute par là qu’a été finalement atteint l’homo criticus.

La crise des vocations est générale dans toutes les sciences dures. En témoignent les articles récurrents de revues spécialisés telles que Physics World, l’excellent journal de l’Institute of Physics, ou la Recherche qui a longtemps conservé un lien fort avec la recherche publique menée en France. Elles s’en sont émues parce que c’était à leurs lecteurs potentiels que cette crise s’attaquait…

Le tableau noir des sciences est peut-être entrain de cesser d’accepter des marques de craie blanche. Il restera simplement noir.

La reine Rouge court afin de se maintenir sur place. Elle entraine  Alice dans sa course sans fin, à l'image de la compétition généralisée  de nos sociétés mouvantes.
Les journalistes scientifiques courent après leur profession.

Dans ce paysage accablant, les journalistes scientifiques peuvent toujours continuer de ramer comme le faisait la reine Rouge de Lewis Carol, qui courait simplement pour se maintenir sur place… Le courant de la rivière de la course à la rentabilité risque de se transformer en rapide, entrainant tous les coureurs, sans exception, vers le trou noir de l’oubli !

Claude Reyraud

Share on Facebook

Adrian Mathews

Publié le 26 mai 2010 — par nitroglobus A
Catégories Biographies

Adrian Mathews was born in 1957, and brought up in South London, the oldest of four children. His mother is Czech (from Northern Bohemia) and his father English, a nurse and artist respectively. He attended St. Benedict’s School in Ealing, West London, and won a scholarship at Cambridge University, where he read English literature. After graduating (with a double first), he remained at the University as a Bye-Fellow of his college. Throughout his years in Cambridge, he was involved in student journalism, editing a weekly magazine, writing short stories, film and theatre reviews for a number of publications and developing a life-long love of cinema.

He has taken on a variety of part-time jobs since his early teens, from assistant in a DIY store to butcher, farm hand and voice actor, though his main career was in teaching. From 1983 to 1986, he taught English language and literature in French universities. On his return to England, he worked variously as Assistant to the Director of the National Poetry Secretariat, for the BBC’s ‘Radio Times’ magazine and as a teacher at Christ’s Hospital, the 16th-century “bluecoat” foundation in West Sussex. From 1988 to July 2001 he was a lecturer in English literature at London University’s Institute of Advanced Studies in Paris, the British Institute. In addition to teaching, he has been involved in journalistic, writing, broadcasting, copywriting and translating activities. In  1994 his critical history of 19th-century English literature, Romantics and Victorians, was published in Paris.

Adrian Mathews is a former prize-winner in the UK National Poetry Competition and his poetry has appeared in a variety of publications, including London’s Literary Review and The Independent. He has also published short stories, receiving early encouragement from writer Laurie Lee who awarded him first prize in a BBC short story competition; another story, ‘The Garden of Nails’ was published in the British Council’s anthology, New Writing 9. His first novel, The Hat of Victor Noir (1996), a mystery story set in Paris, has recently been re-issued to critical and popular acclaim in French translation.  His second novel, Vienna Blood (1999), won the prestigious Crime Writer’s Association Silver Dagger Award. It was also published in the United States and translated into German, Spanish and Japanese. His third novel, The Apothecary’s House (2005), was shortlisted for the CWA Ian Fleming “Best Thriller of the Year Award” and translated into French, German, Portuguese, Spanish, Russian, Hungarian and Lithuanian. An unabridged audio version of the novel was produced, read by the author.

La couverture du livre d'Adrian Mathews The Apothecary House

La couverture du livre d'Adrian Mathews The Apothecary House

Adrian Mathews presently works part-time as English-language advisor to the Centre for Strategic Analysis (the French Prime Minister’s policy-defining unit), and was responsible for the English text of EuroWorld 2015: A European Strategy for Globalisation (2008), a book commissioned by the French government, setting forth a strategic vision for post-2010 Europe to launch the French Presidency of Europe. He is also on the Louis Vuitton “City Guide” team, teaches a weekly course on contemporary literature and writes in whatever time is left. He has travelled widely, given readings in many countries and taught creative writing at the University of Sibiu in Romania. His passions include reading, watercolour painting, world cinema, photography, cycling, walking, wining, dining and horse-riding. He has now lived more than half his life in France and, with his daughter Lizzie, divides his time between Left Bank Paris and a remote 18th-century farmhouse in the Touraine region. He is presently completing a new novel, a thriller set in the rural wilds of Upstate New York.

Share on Facebook